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En voulant se défendre des avantages dont aurait profité le candidat Macron lors de la dernière campagne présidentielle, La République en marche a publié dimanche des documents qui semblent accréditer l'idée d'une faveur accordée. Ce qui peut relever d'une infraction à la loi. Explications.

Dimanche soir, La République en marche (LREM) avait un message à l’adresse des journalistes : "Que vous considériez que c’est votre travail de monter en épingle des pseudo-révélations pour jeter le doute sur l’ensemble d’une campagne, c’est votre droit le plus strict [...]  Mais dans ce cas, faites le travail jusqu’au bout. Car votre crédibilité s’effondre en même temps que vos accusations." C’est ainsi que se concluait le communiqué de presse du parti présidentiel diffusé quatre jours après des informations de France info sur de "nouvelles ristournes" dont aurait bénéficié le candidat Macron.

LREM entendait ainsi répondre point par point à ces révélations, en assurant qu’aucune infraction n’avait été commise. Pourtant, lundi matin, France Info assure que l’un des documents diffusés par En marche - et censé justifier son propos - ne fait que confirmer l’avantage accordé pour une réunion d’Emmanuel Macron. Ce qui peut enfreindre la loi sur le financement de la vie politique.


De quoi parle-t-on?

Après des révélations de Mediapart et du Monde le mois dernier sur des remises "exceptionnelles" accordées au candidat Macron par une société événementielle, GL Events, la cellule investigation de Radio France a publié de nouvelles révélations la semaine dernière. Ce sont des prestations venant d’autres entreprises qui ont notamment été épluchées par le média public. Meetings parisiens, logiciel de campagne et même apéro "festif" avec Gérard Collomb… A chaque fois, les gestes commerciaux des différents prestataires interpellent. Surtout quand ils sont comparés à des services similaires rendus aux autres candidats de la campagne présidentielle.

Autant de "ristournes" qui n’ont pas fait tiquer la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). Celle-ci a en effet validé en février les comptes d’Emmanuel Macron en procédant - comme pour les autres candidats - à des "réformations" sur une petite partie des dépenses : 120.000 euros des 16,7 millions d’euros déclarés par le candidat En Marche ont ainsi été sortis des comptes. Jeudi, après les dernières révélations de France Info, le président de la CNCCFP a réaffirmé qu’il n’y avait pas "d’irrégularités" constatées.

Pour France Info, en revanche, la "commission avait bien identifié 19 ristournes qui apparaissaient sur les factures de la campagne d’Emmanuel Macron" : elle a demandé des précisions pour certaines, qui ont semblé la contenter, tandis que les "autres ont échappé à sa vigilance".

Que montre la réponse d’En Marche?

La formation présidentielle a réagi dimanche soir à trois prestations parmi celles évoquées par France Info :

  • Utilisé par plusieurs candidats, le logiciel de la société américaine Nation Builder, qui permet notamment de mieux mobiliser les militants, a facturé sa prestation 52.000 (environ 44.100 euros) à la campagne d’Emmanuel Macron, après une remise commerciale de 30% qui lui a fait gagné près de 19.000 euros. Un "geste" qui n’a pas été fait à d’autres comme François Fillon ou Jean-Luc Mélenchon, selon France Info. "Nous avons été les seuls à utiliser leur solution 'network", qui est la plus chère de leurs services, et qui n’avait jamais été testée en France", se défend LREM, pour qui donc "la comparaison avec les autres campagnes n’est donc pas pertinente". La commission des comptes, elle, n’est pas intervenue sur ce sujet alors que le montant de la remise - 30% - aurait dû l’alerter, selon son propre règlement.

  • Pour une soirée organisée à la Bellevilloise le 2 mai 2017, en l’absence d’Emmanuel Macron, la facture a atteint 1.200 euros, après remises du propriétaire pour un total de 900 euros. France Info signale que le montant est faible par rapport à une "soirée assez similaire" organisée par l’équipe de Benoît Hamon en mars et payée 4.838 euros, ainsi qu’une seconde au même tarif en avril. Là encore, En marche assure avoir loué le site "pendant quatre heures" contre "35 heures" pour la première soirée de Benoît Hamon, avec moins de personnes dans le public (et donc moins d’installations).

  • Emmanuel Macron est également intervenu le 6 février 2017 au théâtre parisien de Bobino, géré par un soutien, Jean-Marc Dumontet. Cela lui a coûté 3.000 euros là où les tarifs prévus approchent… 13.000 euros, ce que France Info s’est fait confirmer. Le parti de la majorité assure aujourd’hui que des remises similaires sont bien accordées à des "associations à but non lucratif". Et la formation de publier pour preuves, en plus de ce communiqué, les copies de factures similaires réglées à des associations ainsi qu’un mail d’échanges entre une responsable associative et la salle.
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