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La revendication de l'homicide de Trappes ce mercredi par Daesh pose question. Outre les revendications opportunistes récentes du groupe terroriste, les autorités n'écartent pas un problème familial. 

Des agents de police se tiennent non loin de la scène de l'attaque au couteau à Trappes, le 23 août 2018 dans les Yvelines.© Thomas Samson - AFP Des agents de police se tiennent non loin de la scène de l'attaque au couteau à Trappes, le 23 août 2018 dans les Yvelines.

Deux femmes ont été tuées et une autre grièvement blessée à coups de couteau ce jeudi matin à Trappes, dans les Yvelines. L'agresseur, âgé de 36 ans, est le fils et le frère des deux victimes tuées et a été abattu par la police.

Le double homicide a été rapidement revendiqué comme un acte terroriste par Daesh (acronyme de l'Etat islamique en arabe). Toutefois, cette revendication pose question, notamment à cause du profil des victimes.

"Ça peut être aussi une sorte de vengeance familiale maquillée en acte terroriste", avance sur notre antenne Régis Le Sommier, directeur-adjoint de la rédaction de Paris Match et auteur de plusieurs ouvrages sur Daesh. "C'est aussi une possibilité, puisque aujourd'hui le sujet est devenu tellement sensible qu'un déséquilibré qui crie Allahou Akbar est tout de suite pris au sérieux."

L'agresseur est pour le moment présenté comme un individu "avec un problème psychiatrique qui apparaît important", selon les déclarations du ministre de l'Intérieur ce jeudi. Si l'individu était fiché S était "connu pour des faits d'apologie du terrorisme" selon l'Intérieur, les autorités restent pour le moment prudentes quant au caractère terroriste de l'homicide.

Plusieurs revendications qui ne sont pas avérées

"Pour ce qui est des revendications de l'Etat islamique via son agence Amaq, il ne faut pas oublier que l'Etat islamique a plusieurs fois revendiqué des actes dont le lien n'a jamais été prouvé", rappelle sur BFMTV Régis Le Sommier, donnant en exemple la tuerie de Las Vegas en octobre 2017.

"C'est aussi un des attentats qui a été revendiqué et rien jusqu'à présent n'a été trouvé dans la personnalité du tueur de masse qui a perpétré ce massacre, aucun lien n'a été trouvé entre lui et l'Etat islamique", souligne-t-il.

"Il y a une certaine forme d'ambiguïté ces derniers mois, cette dernière année, sur les revendications de l'Etat islamique", confirme Sébastien Pietrasanta, consultant terrorisme pour BFMTV.  "Il a pu apparaître, ce qui n'était pas le cas auparavant, d'avoir des revendications un peu opportunistes", analyse-t-il, mettant en parallèle l'affaiblissement de Daesh au Moyen-Orient.

A Las Vegas comme à Nice, aucun lien établi

Le FBI n'a à ce jour trouvé aucun lien entre Stephen Paddock, qui avait tué 58 personnes à Las Vegas lors d'un concert le 1er octobre 2017, et Daesh, malgré la revendication du groupe. De même, un an après l'attaque à Nice qui avait fait 86 morts sur la promenade des Anglais le 14 juillet 2016, les autorités n'avaient toujours trouvé aucun lien entre le tueur et l'organisation terroriste

En juin 2017, c'est cette fois-ci à Manille que le groupe avait revendiqué l'attaque d'un casino, alors que les autorités philippines avaient écarté le mobile terroriste. Plus récemment, une fusillade qui a fait deux morts à Toronto le 25 juillet dernier a été revendiquée par Daesh, mais les policiers n'ont trouvé "aucune preuve" pour confirmer ces dires.

Une nouvelle vidéo du chef de Daesh mercredi

L'homicide de Trappes survient d'ailleurs au lendemain d'une nouvelle vidéo diffusée par l'organisation terroriste, dans laquelle son chef Al-Baghdadi encourage ses sympathisants à poursuivre le "jihad". D'autre part, l'assaillant s'est fait tuer par les forces de l'ordre, une fin qui peut parfois être recherchée par les jihadistes.

Pour Gérard Collomb, l'individu présentait un "déséquilibre" plutôt que le profil de "quelqu'un d'engagé et quelqu'un qui pouvait par exemple répondre aux ordre et consignes d'une organisation terroriste et de Daesh en particulier".

Une "cible parfaite" pour Daesh?

Les deux ne sont pourtant pas incompatibles, note Christophe Caupenne, consultant terrorisme pour BFMTV. Cet ancien négociateur du RAID avance que les personnes souffrant de problèmes psychiatriques peuvent être des "cibles parfaites" pour les propagandistes et recruteurs de Daesh.

"(Elles) vont se retrouver avec des mentors qui vont pouvoir leur créer un environnement cognitif, psychique, qui va les valoriser, qui va leur donner une mission, du sens à leur vie, et apporter des réponses là où eux-mêmes sont plein de questions", développe-t-il.

Pour le moment, "le parquet n'a encore reconnu de qualification terroriste", a précisé le ministre de l'Intérieur. "Les enquêtes se poursuivent et on en saura plus lorsqu'on aura pu examiner son téléphone, son appartement, etc, de manière à voir la nature du conflit qui pouvait exister au sein de la famille et ce que pouvait contenir ses documents", a-t-il expliqué.

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