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Emmanuel Macron doit rencontrer vendredi le président américain Donald Trump alors que les deux hommes ont multiplié les sujets de désaccords ces dernières semaines. Le président français va-t-il hausser le ton face au chef d'Etat américain?

Après les câlins, les claques? Emmanuel Macron doit rencontrer vendredi Donald Trump en marge du sommet du G7 au Canada. Les discussions avec le président américain promettent d'être mouvementées, en particulier dans le domaine des tarifs douaniers et de l'Iran. Lorsqu'il l'avait vu à Washington en avril dernier, le président français avait privilégié la manière douce. Les deux chefs de l'Etat avaient multiplié les signes d'amitié en public même si Emmanuel Macron avait également fait part de ses différences avec Donald Trump lors de la conférence de presse conjointe. Les médias internationaux avaient toutefois principalement retenu cette proximité entre les deux présidents, qui avait été qualifiée de "bromance" par la presse américaine. 

"Nos relations peuvent être chaleureuses ou tactiles. Est-ce l'essentiel? Non. Est-ce naturel? Oui", avait justifié fin mai Emmanuel Macron sur BFMTV. "On se comporte dans une dynamique personnelle et humaine. Cela ne nous a pas empêchés de dire nos désaccords", notait-il. 

Le coup de fil entre Trump et Macron s'est mal passé

Pour autant, depuis la fin avril les relations entre les deux hommes semblent s'être dégradées. Selon CNN, le coup de téléphone entre les deux chefs d'Etat après l'annonce par Washington de la hausse des droits de douane américains sur les importations d'acier et d'aluminium s'est très mal passé. "Très mauvais. C'était terrible", a commenté un membre de la Maison-Blanche à CNN. "Macron a estimé qu'il pouvait dire ce qu'il pensait, en raison de la relation qu'il entretient avec le président américain. Mais Trump ne peut pas supporter d'être critiqué comme ça", analyse l'officiel américain. "La stratégie de la conciliation a échoué. Elle n’a donné aucun résultat même si elle devait être tentée", résume pour le JDD Corentin Sellin professeur agrégé d'histoire et spécialiste de la politique américaine. 

Interrogé mardi, Emmanuel Macron n'a ni infirmé ni démenti la teneur de la conversation, se bornant à une métaphore sur les saucisses. "Je n'ai jamais raconté les coulisses. Parce que comme l'a dit Bismarck, si on expliquait aux gens la recette des saucisses, il n'est pas sûr qu'ils continueraient à en manger!", a-t-il expliqué. "Je suis attaché à ce que les gens voient le plat servi, mais je ne suis pas persuadé que le commentaire de la cuisine aide au bon service du plat ou à sa bonne consommation. Des gens parlaient du coup de fil, ils ne viennent pas de chez moi! [...] Nous à Paris, on n'a pas l'habitude de faire du commentaire de comment ça s'est passé, si c'est chaud, si c'est froid, si c'est chaleureux, si c'est terrible... On fait et on avance", a-t-il encore ajouté.

L'Elysée semble prêt au rapport de force

Alors que les deux chefs de l'Etat doivent se voir vendredi pendant 30 minutes, l'Elysée semble prêt au rapport de force avec les Américains lors de ce G7. "Si la résistance américaine va trop loin, il ne faudra pas sacrifier nos principes, nos intérêts à une unité de façade", a indiqué la présidence française à l'AFP. Pas question, donc, de ne pas mentionner l'accord de Paris sur le climat ou d'accuser l'Iran de ne pas respecter le texte nucléaire. Sur le commerce, la France veut aussi dire "que le commerce doit être ouvert, libre, équitable entre les Etats du G7". Le conflit sur les taxes est tel que le sommet pourrait ne pas accoucher d'une déclaration finale commune, au-delà de parties consensuelles sur la pollution des océans ou l'égalité hommes-femmes. 

Pour Corentin Sellin, la diplomatie française pourrait également utiliser d'autres moyens pour contrer Donald Trump : "Emmanuel Macron pourrait contourner le chef d'Etat américain en se rapprochant d'autres alliés. C'est ce qu'il a fait cette semaine avec le Premier ministre canadien Justin Trudeau. Les deux hommes ont signé une déclaration sur le multilatéralisme. C’est clairement une offensive contre Trump." Ces dernières semaines, les Européens ont également affiché leur unité contre le président américain sur la question des tarifs douaniers et de l'Iran.

leJDD

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