RADIO(S)



© Copyright 2019, L'Obs

EDITO. Dans son discours du 25 avril, le président a en tout et pour tout consacré trois minutes à l’écologie, pourtant censée être la priorité du quinquennat.

Après l’abdication de l’empereur Hirohito au profit de son fils, le Japon entre dans une nouvelle ère – un événement historique auquel « l’Obs » consacre cette semaine un dossier spécial. Difficile d’en dire autant de la France. La conférence de presse tant attendue du président, censée relancer le quinquennat, n’augure ni nouvelle ère ni élan, et surtout pas en matière d’écologie, pourtant censée être la priorité du quinquennat.

Il y a un an, l’ONU décernait à Emmanuel Macron le titre, excusez du peu, de « champion of the Earth », pour son engagement contre le réchauffement climatique. Cette fois, notre « champion de la Terre », qui a créé un buzz mondial en 2017 en détournant le slogan de campagne de Donald Trump qui venait de quitter l’accord de Paris (« make our planet great again » !), aura en tout et pour tout consacré trois minutes au sujet, relégué en queue d’un discours au terme duquel aucun cap n’a été défini.

Decathlon

Cet été, partez randonner

Le président a eu beau rappeler, gravement, que « le climat doit être au cœur du projet national et européen » invoquer « l’urgence climatique », saluer la mobilisation des jeunes « qui nous le rappellent à chaque instant », pas une mesure concrète et immédiate n’a été mise sur la table. Et ce ne sont pas les quelques lointaines promesses sur la transition énergétique à l’horizon 2050, qui rassureront sur ses ambitions ! Non, décidément, le compte n’y est pas. Après l’autorisation du glyphosate et des importations d’huile de palme, les cadeaux aux chasseurs, la disparition de la promesse de mettre fin à la vente de véhicules thermiques à l’horizon 2040, le moins qu’on puisse dire, c’est que le vert de ce quinquennat a bien du mal à ressortir.

« Foutage de gueule »

« La planète brûle », lançait Jacques Chirac en 2002. Et depuis ? Rien, ou si peu. En annonçant la création d’un « conseil de défense écologique », et la mise en place d’une« convention citoyenne », composée de 150 Français tirés au sort, chargés de faire des propositions, le président pense-t-il vraiment apporter une réponse à la mesure de l’incendie ? On est loin du grand plan Marshall auxquelles les ONG voulaient croire ! Aux mesures concrètes, il a préféré la création d’un énième comité Théodule pour une cause qui en compte plus d’une cinquantaine, dont un Conseil national de la Transition écologique et un Haut Conseil pour le Climat annoncé à grand bruit en novembre dernier pour répondre, déjà, à la crise des « gilets jaunes ». Et hop, alors même que le pays est supposé entrer dans une cure d’amaigrissement administratif, voilà un « machin » de plus.

« Tout ça pour ça », a tweeté Yannick Jadot, tête de liste aux européennes, dénonçant, comme la plupart des écolos, « tartufferie » et « foutage de gueule ». Emmanuel Macron pense-t-il que les Français, au fond, n’ont que faire du climat ? Les 500 000 contributions portant sur la transition écologique dans le cadre du grand débat prouvent le contraire. Cet énième renoncement, petite victoire des « gilets jaunes », rappelle les périls auxquels seront systématiquement confrontés les gouvernements en tentant de réduire notre dépendance aux énergies fossiles. Emmanuel Macron n’est pas prêt d’oublier la leçon. Et pourtant… il serait criminel de renoncer. Car tout le monde le sait, le sevrage des hydrocarbures est indispensable. Il est pénible, douloureux, violent même. Il faudra aider les plus vulnérables à l’encaisser. Mais il est vital. Et aucun comité Théodule ne nous en dispensera.

Partager