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Après l’annonce de la mise en vente de 21 sites d’Auchan, les salariés de cette enseigne, jusqu’ici préservée en France, sont inquiets. Plus de 700 employés sont concernés et les syndicats redoutent d’autres cessions.

De Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) à Arras (Pas-de-Calais) en passant par Albert (Somme), Villetaneuse (Seine-Saint-Denis) ou encore Roanne (Loire)… Le même émoi frappait, ce jeudi, les salariés de 21 sites d’Auchan disséminés en France : un « comité d’établissement », une réunion entre direction locale et syndicats, leur confirmait - trois jours après l’annonce au niveau national - la mise en vente de leurs sites respectifs.

Un choc pour les employés d’une enseigne réputée, dans le monde de la grande distribution, pour son côté « social ». « C’est la première fois que, chez Auchan, on nous parle de fermeture de magasins et de licenciements, explique Gérald Villeroy, délégué syndical CGT. Les salariés se sentent trahis. Le nouveau président, Edgard Bonte avait annoncé, en mars dernier, qu’il ne fermerait pas de magasins ! »

Peu de repreneurs en vue

Après le temps de la sidération vient celui des interrogations. Carrefour réduit aussi la voilure, Casino cède bon nombre de magasins… Qui, alors, pour reprendre ces 13 supermarchés, 4 Chrono Drive, 2 Halles Auchan et un hypermarché qui emploient plus de 700 salariés et jugés par Auchan comme « sans perspective réaliste de retour à la rentabilité » ? Seuls quelques hard discounters (Lidl, Costco) ou des enseignes concurrentes (Leclerc notamment) semblent en capacité financière et managériale d’oser cette aventure. Voilà qui ne réjouit pas les représentants des salariés.

« Il vaut mieux travailler chez Auchan que chez Leclerc. La grille de salaire y est plus favorable, nous avons plus de primes, une mutuelle familiale etc. », affirme Guy Laplatine, délégué syndical CFDT, qui demande que « les salariés gardent le statut d’Auchan » en cas de cession. Une issue peu probable… « S’il y a des cessions de sites, il ne faudra pas se cacher derrière son petit doigt : tout le monde ne sera pas repris, ni aux mêmes conditions sociales », estime Bruno Delaye, délégué syndical CFTC.

Les salariés devraient être vite fixés. « Nous sommes dans la phase de discussions actives pour trouver des repreneurs. On espère aboutir d’ici à l’été », précise de son côté la direction d’Auchan France. Faute de quoi, des sites devraient fermer. Un « plan de sauvegarde de l’emploi » serait alors mis en place. Dans une lettre adressée aux syndicats, la direction s’est engagée, le cas échéant, à ce que « tous les collaborateurs concernés se voient proposer une solution d’emploi dans leur bassin de vie, dans le cadre d’un reclassement interne ou externe ».

« Une deuxième vague de fermeture »

Cette coupe sociale est l’un des piliers du plan « Renaissance », qui vise à retrouver l’équilibre financier après une année 2018 dans le rouge. « Auchan Retail France fait du redressement de ses résultats une priorité 2019 », signalait sa direction mardi. Avant de préciser : « Pour y parvenir, Auchan s’engage dans […] une analyse des foyers de pertes. » « On ne sait pas très bien ce que cela veut dire foyers de pertes. S’agit-il de points de vente, de certains rayons, de catégories de produits ? » s’inquiète Gérald Villeroy, de la CGT, qui ajoute : « En tout cas, cette semaine, notre direction nous a annoncé en avoir identifié une centaine. »

« On peut s’attendre à une deuxième vague de fermeture », craint Ludovic Vinchon, délégué syndical Forces Ouvrières. Les yeux se tournent alors vers les plus grandes surfaces : les hypermarchés. Boudés par les consommateurs qui préfèrent se fournir en téléviseurs et autres ordinateurs sur Internet, ces magasins de plus de 10 000 m2 sont à la peine. Or, - mis à part l’hypermarché de Villetaneuse -, ils échappent à cette cession des sites. Pour combien de temps ?

« L’hyper doit se réinventer. Nous travaillons sur l’offre avec des filières responsables, de nouveaux services », rassure la direction d’Auchan qui veut transformer et redonner du lustre à ces cathédrales de la consommation.

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