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L'Élysée a finalement décidé d'abandonner purement et simplement l'augmentation prévue en 2019. Un véritable désaveu pour le premier ministre.

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Les divergences larvées viennent d'éclater au grand jour. Entre Emmanuel Macron et Édouard Philippe, rien ne va plus. «Il y a une différence de ligne entre eux qui n'est plus tenable», lâche un pilier de la majorité. Et pour cause, moins de 24 heures après l'annonce par le premier ministre d'une pause fiscale de six mois sur les carburants, l'Élysée a annoncé mercredi soir l'abandon pur et simple de l'augmentation initialement prévue. «Le président a compris que cette notion de moratoire était considérée par les gens comme une demi-mesure, et il a considéré qu'on n'avait pas le droit de laisser entendre cela. Il fallait aller un cran plus loin», expliquait dans la soirée l'un des plus proches conseillers du chef de l'État.

Au même moment, l'Assemblée nationale achevait pourtant sa cinquième heure de séance et s'apprêtait à voter largement la déclaration d'Édouard Philippe, qui s'en remettait encore à une «solution (...) issue du débat». Autrement dit, le premier ministre laissait ouvertes les deux options, y compris celle d'un rétablissement de la hausse de la fameuse «taxe carbone». Ce qui n'est pas l'avis de l'Élysée. «Sauf idée de génie, dans six mois, on n'y reviendra pas. Pour l'instant, on ne peut pas dire qu'elle est “suspendue”, puisqu'elle n'existe pas. On emploie donc le terme d'“annulation”», assure le Château. Bref, deux sons de cloche très différents au plus haut sommet de l'État.

Plus qu'un simple cafouillage, il s'agit d'un véritable désaveu. Le président a lui-même décroché son téléphone pour demander à François de Rugy de relayer la nouvelle version en direct sur le plateau de BFMTV. Ainsi, après avoir confirmé que les hausses de taxes sur les carburants étaient «annulées pour l'année 2019», le ministre de la Transition écologique et solidaire a rapporté la conversation qu'il avait eue quelques minutes plus tôt avec le président. «Il m'a dit: “les gens ont eu l'impression qu'il y avait une entourloupe, qu'on leur disait c'est une suspension mais hop, ça reviendra après (les européennes)”. Comme ça, il n'y a pas d'entourloupe», a-t-il clairement tranché.figarofr: Entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe, ici le 11 novembre, «il y a une différence de ligne entre eux qui n'est plus tenable», lâche un pilier de la majorité.© LUDOVIC MARIN/AFP Entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe, ici le 11 novembre, «il y a une différence de ligne entre eux qui n'est plus tenable», lâche un pilier de la majorité.

Matignon pris de court

À Matignon, le changement de pied d'Emmanuel Macron a fait l'effet d'une bombe. Pris de court par la nouvelle, le cabinet du premier ministre a tenté, mercredi soir, d'éteindre le début d'incendie. «Nous travaillons de façon très étroite avec l'Élysée. Il y a un alignement parfait entre le premier ministre et le président», tentait-on d'argumenter. Idem à l'Élysée où, en fin de soirée, un communiqué - officiel, cette fois -, assurait que le couple exécutif s'exprimait «de concert». Il n'empêche, cet incident laissera des traces profondes. Et pose la question de savoir pourquoi l'Élysée a décidé de reprendre brutalement la main.

Dans la soirée de mercredi, des raisons sécuritaires étaient implicitement invoquées. Des informations alarmistes circulaient sur la manifestation de samedi. Et notamment sur le degré de violence inédit que celle-ci pourrait atteindre, fomentée par «un noyau dur radicalisé» issu «à la fois de l'extrême droite et de l'extrême gauche». 

Des «appels à tuer»

Les services de renseignement auraient carrément signalé à l'Élysée des «appels à tuer et à se munir d'armes à feu pour s'en prendre à des parlementaires, au gouvernement, à l'exécutif et aux forces de l'ordre». Selon nos informations, un ministère important a même reçu consigne d'interdire à ses personnels et aux ministres concernés de se rendre sur leur lieu de travail ce week-end. «Ce sont des putschistes. On est dans une tentative putschiste», avance-t-on le plus sérieusement du monde au palais présidentiel.

Une chose est sûre, l'«acte IV» du mouvement des «gilets jaunes» peut être un tournant si Paris s'embrase à nouveau. «S'il y a dix morts ce week-end, il n'est pas sûr qu'on puisse garder le ministre de l'Intérieur», glisse un proche du chef de l'État. La perspective d'un remaniement nettement plus large commence à circuler de façon insistante. Au point de changer de premier ministre? «Dans le meilleur des cas, il faudra un nouveau gouvernement avant les élections européennes. Dans le pire, avant Noël», lâche un macroniste du premier cercle.

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