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Plus de 100 reporters de toute la planète étaient réunis ce dimanche au Palais des congrès de Paris, pour couvrir le centenaire de l'armistice de 1918. Paris Match y a fait un tour.

Dans le hall du Palais des congrès de Paris, des badauds glissent sur le sol marbré, des familles font du lèche-vitrine. Un dimanche matin comme les autres au centre commercial de la porte Maillot ? A un détail près : au-dessus de l’étage accueillant un congrès d’orthodontistes, des journalistes de toutes les nationalités ont pris leur quartier. C’est le lieu choisi par l’Elysée pour accueillir les médias chargés de « couvrir » la cérémonie du centenaire de 1918 en ce 11 novembre.

Difficile de faire choix plus inapproprié : comme le public, la presse est tenue à bonne distance de la zone des commémorations où sont rassemblés des dizaines de chefs d’Etat. Question de sécurité, évidemment (ce n’est pas faute d’avoir mobilisé plus de 10 000 policiers et gendarmes sur le terrain). Au Palais des congrès, les journalistes en sont donc réduits à filmer… des écrans, qui retransmettent eux-mêmes la cérémonie sur TF1. Pas étonnant que le centre de presse n’ait pas fait le plein. Sur les centaines de sièges disponibles, quelques dizaines seulement sont occupés.

Mais que pensent les principaux intéressés de cette grande célébration du souvenir ? Quels enjeux politiques dans leur propre pays ? Difficile à dire, là aussi. Un journaliste de Russia Today, la chaîne d’information internationale lancée par le Kremlin, s’excuse : « Je ne peux pas parler sans autorisation, il faudrait que j’envoie une demande à Moscou au préalable ». Un confrère de la télévision publique ivoirienne décline, manifestement gêné. Une collègue américaine se réfugie dans son smartphone. On ne saura donc rien de ce qu’elle pense de l’attitude de Donald Trump, pourtant abondamment critiqué outre-Atlantique pour avoir séché la veille une visite du cimetière américain de Bois Belleau.

Emmanuel Macron "utilise bien sûr ces commémorations à des fins politiques", confie un journaliste russe

Un journaliste japonais consent toutefois à un témoignage amusé : « Selon moi, la France prend la relève des Etats-Unis dans le domaine du soft power au niveau mondial ». C’est dit sur le ton de la plaisanterie mais à voir tous ces dirigeants étrangers comme au garde-à-vous pendant la Marseillaise, on se prendrait presque à en rêver.

Une présentatrice de la télévision publique lituanienne, Indré Makaraityté, partage ce point de vue : « Emmanuel Macron apparaît comme le leader de l’Europe… avec Angela Merkel ». Elle ne peut s’empêcher de noter que Vladimir Poutine est arrivé en dernier à la cérémonie : « Comme ça, tout le monde l’attendait ». Entre le président de la Russie, qu’elle dépeint comme « la principale menace pour la Lituanie » et l’empire russe, qui occupa le pays balte jusqu’en 1918, il y aurait donc une continuité. L’Histoire, un éternel recommencement ?

Alexander Malkevitch, son confrère russe, ne serait pas forcément du même avis. Pour ce journaliste de l’agence FAN (Federal News Agency, un site d’information), que plusieurs articles américains présentent comme lié au Kremlin, Emmanuel Macron « utilise bien sûr ces commémorations à des fins politiques ». « Comme tous les dirigeants », nuance-t-il toutefois. Que pense-t-il de ces voix qui considèrent que la Russie ne devrait pas forcément être présente en ce 11 novembre, puisqu’elle a signé une paix séparée avec l’Allemagne en 1918 ? « Que voulez-vous, les pays Européens auraient dû combattre Lénine avant qu’il n’installe une dictature qui durera 80 ans ». Pour certains, les blessures du premier conflit mondial ne sont pas complètement refermées.


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