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Le président de la République reste muré dans son silence, trois jours après les premières révélations sur son ancien chargé de sécurité, filmé en train de tabasser un manifestant le 1er mai.

Alexandre Benalla et Emmanuel Macron le 17 juin 2017 au Touquet.© CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP Alexandre Benalla et Emmanuel Macron le 17 juin 2017 au Touquet.

Edouard Philippe en déplacement sur le tour de France, Emmanuel Macron mutique... alors que les révélations sur les ramifications de l'affaire Alexandre Benalla se multiplient, la gestion de cette crise inédite par l'exécutif et le gouvernement apparaît plus que problématique. Dès jeudi, au lendemain de la publication des premières informations du Mondesur ce collaborateur de l'Elysée, Emmanuel Macron a refusé de commenter l'affaire. Alors qu'il était interpellé lors d'un déplacement en Dordogne, le chef de l'Etat s'est contenté de répondre, laconique, que la République est "inaltérable".

"L'affaire continue d'enfler"

En deux jours, tout s'est accéléré. Alexandre Benalla, qui avait d'abord été suspendu 15 jours et rétrogradé en mai, a finalement été licencié par l'Elysée, puis placé en garde à vue vendredi. Une décision prise non pas comme réponse aux violences dont il a été l'auteur le 1er mai, et dont Emmanuel Macron avait eu connaissance, mais parce qu'il a reçu de la préfecture de police des images de vidéosurveillance qu'il n'était pas autorisé à détenir. Pour autant, le Président n'a pas changé sa stratégie, que certains comparent à celle employée au moment de l'affaire Fillon. Pour Isabelle Veyrat Masson, interrogée sur BFMTV, son attitude peut avoir plusieurs significations:

"Ce silence signifie soit qu’il considère que cette affaire n’est pas très importante, qu’elle peut se régler de manière soit administrative, par les ministères concernés ou les instances judiciaires, ou bien parce qu’il est embarrassé, qu’il ne sait pas quoi dire, et dans ce cas-là ce serait désastreux", estime la directrice de recherches au CNRS spécialisée dans la communication politique.

Le gouvernement est lui aussi mis en cause, alors que l'Assemblée nationale a lancé une commission d'enquête confiée à la commission des Lois. Un dispositif similaire est prévu à la commission des Lois du Sénat. Gérard Collomb sera à ce titre auditionné par les deux chambres: le lundi à 10 heures au palais Bourbon, le mardi à 17h45 à celui du Luxembourg. "Pour le moment, l’affaire continue d’enfler, les députés de l’opposition se mobilisent, on sait qu’il y a un fort malaise au sein des troupes de La République en marche​​​​​​", constate sur notre antenne Jannick Alimi, rédactrice en chef du service politique du Parisien.

Un pari risqué pour l'Elysée

Premier effet politique concret de cette crise, l'Assemblée nationale est paralysée, les députés attendent d'entendre Edouard Philippe et Gérard Collomb. Les ministres qui préfèrent s'en remettre aux auditions prévues dans le cadre des commissions d'enquête.

"Il est clair que le pari que fait l’Elysée pour l’instant, c’est qu’en se donnant le plus de temps possible, en attendant peut-être la fin de l’été on sera passé à autre chose, il y aura d’autres sujets à traiter à ce moment-là, et qu’on aura en quelque sorte un peu oublié le feuilleton Benalla. C’est un pari qui au moment où on parle, semble osé", analyse Thierry Arnaud, éditorialiste politique de BFMTV.

Cette affaire d'Etat s'inscrit dans un contexte déjà défavorable pour le président de la République, puisqu'il atteint dans les sondages son plus bas niveau de popularité, avec 39% d'opinions favorables.


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